Accords du Nil: quels enjeux ?

Carte des pays du Bassin du Nil
Copyright: Creative Commons/M. Disdero

La guerre des eaux du Nil.

Quatre cent millions de personnes vivent dans les pays riverains du Nil. Ce fleuve long de 6 825 kilomètres traverse 10 pays africains et 10 pour cent du continent.

 

 

Des accords controversés

En mai 2010, l’Ethiopie, l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie et le Kenya ont signé un accord-cadre partageant de nouvelle façon les ressources du bassin du Nil. Ce nouvel accord annule celui signé sous les régimes coloniaux en 1929, puis reconduit en 1959, qui attribue  87% du débit du fleuve à l’Egypte et au Soudan, dont 64% pour l’Egypte, et qui donne également à l'Égypte le pouvoir d'opposer son veto à la construction de barrages ou d'autres projets dans les pays situés en amont susceptibles d'affecter le débit du fleuve. L’Egypte et le Soudan refusent de signer ce nouvel accord qu’ils jugent menaçant pour leur économie. Ils craignent les nombreux projets d’irrigations et de barrages hydro-électriques dans les pays en amont du Nil.

 

Depuis une dizaine d'années, les neufs pays riverains du fleuve (les 2 autres pays étant le Burundi et la RDC) étaient en négociation pour un partage plus équitable des eaux du Bassin du Nil. Selon le texte, chaque Etat peut faire usage des affluents du Nil selon ses besoins pour autant que sa gestion n’entrave pas les besoins des autres partenaires. Cet accord–cadre prévoit une Commission du Bassin du Nil qui sera en charge de recevoir et d’approuver tous les projets concernant le fleuve: canaux d'irrigation, barrages... Elle sera basée à Addis Abeba et comptera des représentants des neuf pays concernés. La signature de ce nouvel accord est ouverte jusqu’en mai 2011. L'Érythrée qui bénéficie du statut d'observateur dans les négociations défend les positions de l’Egypte et du Soudan.

 

Le Nil, source de vie …

C’est que les pays veulent se développer. Et leur population augmente d’ici 2050 de 50 à 100%. L'Éthiopie a décidé de devenir le principal exportateur d'électricité en Afrique de l'Est. Le Kenya prévoit de développer l'irrigation agricole ; l'Ouganda, la construction de barrages et la Tanzanie veut installer un pipeline de 170 kilomètres pour approvisionner les zones arides à partir du lac Victoria. Tandis que le Soudan veut vendre de vastes étendues de terre agricole à des étrangers et l’Egypte prévoit les besoins en eau (agriculture, industrie, eau potable) de 130 millions d’habitants d'ici 40 ans qu’elle satisfait, pour 90%, à partir des eaux du Nil.

 

… et de conflits

L’Egypte recourt à la guerre diplomatique. Les dirigeants égyptiens ont rencontré les dirigeants du Burundi, de la RDC et même du Rwanda. Ils ont entamé une campagne auprès des bailleurs de fonds internationaux pour empêcher la réalisation de tout projet pouvant réduire leur quota d’eau du Nil. Mais la Chine agit selon ses intérêts et finance déjà de nombreux chantiers, dont plusieurs barrages en Ethiopie qui, du temps de Sadate, auraient déclenché les hostilités armées.

 

L’Egypte n’est pas au bout de ses peines. Le chantier du canal de Jonglei, sur lequel elle compte pour améliorer le débit du Nil Blanc, se situe dans la partie sud du Soudan qui pourrait, suite au référendum de janvier 2011, faire sécession. Avec le soutien de sept pays sur dix, l'accord des Etats pourrait être ratifié et soutenu par l'Union africaine. Les opposants et les signataires du nouvel accord font tous référence au droit international pour justifier leur position.

 

L'enjeu est considérable pour la vie économique des Etats de la région et par conséquent pour les relations politiques entre eux … et pour les civiles. Le véritable enjeu est d’avoir une bonne gestion collective et concertée des eaux du Nil pour nourrir la population croissante de la région.

 

Selon certaines statistiques, d'ici 25 ans, près d'un Africain sur deux vivra dans un pays confronté à une pénurie d'eau ou en situation de «stress hydrique» à cause de la rapidité de la croissance démographique, du développement économique et du changement de climat.

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